C'est quoi le Chamanisme ? ( 16/07/24)

C’est quoi le chamanisme ? (J'espère ne pas trop faire vriller vos plexus solaires chers lecteurs/lectrices avec ce petit pavé)

Ces derniers temps je vois beaucoup passer sur les réseaux des annonces diverses et variées pour des « coachings chamaniques », ou des discours de personnes très influencées par le New Age qui clament sans sourciller que tout le monde est chamane, parmi plein d'autres choses.

Et si on replaçait le chamanisme dans son contexte ?

Le Chamanisme est une particularité au sein des traditions animistes. Les traditions spirituelles premières et celles des peuples racines que nous connaissons aujourd’hui sont animistes pour l’immense majorité d’entre elles. Elles ont donc un système de croyance qui repose sur le fait que tout ce qui existe a une âme, un esprit. Ce sont les règnes minéral, végétal, animal et humain. Et les esprits comme les Ancêtres, les démons, les esprits des Éléments etc.

Les guérisseurs traditionnels travaillent avec les esprits de tous les règnes pour maintenir l’harmonie et prévenir les maladies, les mauvaises récoltes, pour savoir où aller et quand etc. S’il y a disharmonie, les guérisseurs feront leur possible, par des rituels plus ou moins stricts, pour rétablir la santé, ramener la fertilité des plantations, pour le bétail, pour apaiser les esprits des montagnes, des cieux, des eaux, la liste peut être exhaustive. Les esprits indiquent la disharmonie, parlent à travers des oracles, etc. On fait appel à leur influence pour agir sur la problématique pour laquelle on les contacte, par des procédés différents pragmatiques et magiques de manière indifférenciée.

Parmi ces traditions, certaines ont une particularité, qu’on regroupe sous le nom de chamanisme aujourd’hui (improprement pour certaines), en utilisant le terme chamane qui vient du toungouse comme nous le savons tous ou presque, et qui fait référence au mouvement, à la transe du guérisseur qui entre en contact avec les esprits en les invitant en lui.

Selon mon maître, le Dhami Jhankri, Bhola Nath Banstola (« chamane » de tradition népalaise) un chamane se distingue par le fait qu’il invite dans son corps les esprits pour effectuer son travail. Il appelle en lui ses Ancêtres (pas hypothétiques, mais ceux de ses lignées familiales des générations précédentes), des divinités en lien avec des éléments ou non, des animaux (souvent eux-mêmes émissaires des divinités).

La plupart des traditions chamaniques viennent d’Asie du Nord et d’Asie centrale. Certaines se retrouvent dans l’extrême nord de l’Amérique du Nord, notamment sur la côte Ouest, par les derniers flux migratoires des peuples de Sibérie, Russie, lorsque la glace permettait de relier le continent asiatique du continent américain. On retrouvera les Inuits, les Salish etc. Plus on va au sud, moins les pratiques chamaniques sont présentes dans les traditions animistes.

Il y a des petites spécificités encore dans certaines traditions animistes, comme le Yuwipi chez les Lakotas, qui appelle en lui l’esprit des pierres sacrées pour se libérer de ses liens et effectuer des soins et divinations dans les rituels du même nom. Les Voies Rouges, Hozo etc. amérindiennes ne sont pas du chamanisme pour la plupart, soyons clairs.

On retrouve en Suède le peuple Saami, en Europe du Nord, qui était chamanique, et qui aujourd’hui cherche à retrouver pleinement sa culture chamanique perdue courant du vingtième siècle.

Il n’existe pas de manière avérée de chamanisme chez les celtes, chez les gaulois et dans le druidisme, ni chez les vikings.

Mes propos ici se veulent factuels d’après les études anthropologiques et ethnologiques existantes, ni d’après les détenteurs de ces traditions actuellement. Cela ne veut pas dire que les courants du chamanisme fondamental et modernes ne puissent pas travailler chamaniquement avec les esprits de ces traditions. Mais il faut bien rappeler qu'initialement, ces cultures n'étaient pas chamaniques.

Aujourd’hui, on retrouve ce terme et ces pratiques dans toute la mouvance New Age, à toutes les sauces, mélangées au réalignement des chakras (sans savoir ce qu'ils sont réellement, ni comment on peut les appréhender, bien que les traditions indiennes, népalaises et tibétaines ont produit une littérature dense qui ne peut se résumer à "réaligner" ces roues de conscience), de « canalisations » diverses et variées allant jusqu’aux extraterrestres, et à des termes douteux parlant de galactique, d’enfants indigos, cristal, de physique quantique (dont personne faisant des soins reprenant le terme ne sait ce que c’est réellement (il y a de très bons ouvrages de vulgarisation sur le sujet dont la lecture permettra de se rendre compte que définir ses soins sous la simple appellation énergétique est largement suffisant) etc. )

Le mouvement New Age tient ses racines de la société théosophique d’Héléna Blavatski, et du mouvement qui en découle, l’anthroposophie de Rudolf Steiner.

L’un comme l’autre (bien que Steiner ait incorporé énormément le christianisme dans sa doctrine, alors que la théosophie repose beaucoup sur le bouddhisme et l’indouïsme) reposent sur une sorte de mélange de nombre de traditions spirituelles dont le but était une unification de tous les principes, car selon eux, toutes les traditions se valaient, et il fallait tirer le meilleur de chacune pour en faire une méthode efficace pour atteindre l’éveil. C’était la naissance du mouvement New Age dont on retrouve le principe que tout se vaut, que l’on peut tout utiliser, tout s’approprier pour pouvoir atteindre son but (qui n’est plus l’éveil d’ailleurs, la plupart des tenants du milieu étant déjà « éveillés »).

Donc on retrouvera chez les gens influencés consciemment ou non par ce mouvement, l’idée que tout le monde peut être chamane, ou guérisseur, thérapeute.

Les guérisseurs, qu’ils soient chamanes ou non, ne se valent pas tous, n’ont pas les mêmes codes, les mêmes croyances etc. Le fait d’être guérisseur traditionnel ou chamane n’implique pas de hiérarchie entre les deux. Ils y a de bons et de mauvais chamanes, idem pour les guérisseurs. Tous n’ont pas les mêmes fonctions au sein même d’une tradition.

Et de même que tout le monde n’est pas médecin, tout le monde n’est pas chamane, ou guérisseur. Il est par contre possible d’étudier la médecine, l’anatomie, la physiologie sans être médecin ou professionnel de santé, tout comme pour les traditions spirituelles et le chamanisme. Il n’est pas nécessaire d’être chamane pour honorer ses ancêtres, avoir du respect pour son environnement.

Le chamane, ou le guérisseur, a une fonction de service à la communauté en premier lieu. Sa fonction est pragmatique, et doit être efficace. Il a une obligation de résultat, dans toutes les traditions, il en va de sa réputation et de sa fonction concrète, il n’est pas un chef religieux qui peut prêcher sans qu’on ait besoin de résultat.

Aujourd’hui on voit trop de pratiques dites chamaniques qui n’ont rien à voir ce qu’il est vraiment. Les canalisations des extraterrestres n’apportent rien de concret pour la vie des gens, sur le plan physique, émotionnel, mental (c’est un exemple, mais si ça vous choque, redéfinissez, s’il vous plait, vos priorités dans ce qu’est la spiritualité d’une part, et la thérapeutique d’autre part).

Tout n’est pas mauvais dans le New Age, il peut être une porte d’entrée pour d’autres choses, mais il reste épidermique. Surtout pour les traditions animistes des peuples premiers, et les traditions chamaniques.

Le chamanisme et les traditions des peuples premiers ont une profondeur telle, que se dire qu’en 4 demies journées (je l'ai vu ce jour même sur fb) on peut enseigner à des gens à rencontrer leur « animal totem », faire des extractions d’âme, des récupérations d’âme, faire des soins, nettoyer des lieux relève de l’arnaque d’une part, mais également insulte les traditions qui enseignent cela pendant des années de maître à disciple (mettez les mots que vous voudrez à la place ça marche aussi).

Mon but dans mes textes est la vulgarisation, la démystification, et la volonté d’éclaircir ce que sont les pratiques chamaniques, le Chamanisme pour ce que j’en connais par les traditions que mes maîtres et enseignants pratiquent. Mon but est de promouvoir, partager, parler de ces traditions, en premier lieu pour mes patients qui savent que je suis praticien en chamanisme en dehors de mon activité en cabinet en médecine chinoise et thérapies manuelles issues de l’ostéopathie biodynamique entre autres.

Certains de mes patients sont énergéticiens, certains sont médiums, magnétiseurs, psys, certains se disent même chamanes, quand leur approche est clairement new age à les entendre me parler de leurs pratiques, même lorsque la forme ressemble bien à du chamanisme.

Je n’ai pas vocation à changer leur mentalité et à les faire se remettre en question. Par contre, je peux essayer « d’éduquer » ceux qui viennent et me posent des questions sur le sujet, qu’ils soient néophytes ou déjà initiés dans certaines voies.

Mon but n’est pas non plus d’aller contre le new age, ou les praticiens, même si mes propos semblent prétendre le contraire. Je « milite » pour le chamanisme traditionnel et les traditions des peuples premiers, pas contre les gens issus du new age ( c’est le mouvement que je ne soutiens pas en revanche).

La différence entre chamane et praticien chamanique. (30/01/24)

l y a dans notre culture moderne une grande influence du new age, et nombre de thérapeutes se disent chamanes sans vraiment savoir ni de quoi il retourne, ou en se drapant d'une aura mystique pour asseoir un pouvoir sur autrui.

Soyons clairs, les chamanes sont des êtres choisis par les esprits. Soit par une lignée de sang, soit par des esprits qui ont perdu la lignée originelle et trouvent la personne la plus qualifiée dans une branche diluée de ladite lignée (au grand malheur de la personne d'ailleurs qui ne comprend pas ce qui lui arrive). Soit, beaucoup plus rarement (et c'est pourtant l'argument le plus répandu aujourd'hui chez les "chamanes" occidentaux) cela vient d'un long travail avec les esprits, et dont la reconnaissance se fait par d'authentiques chamanes.

Être chamane, c'est porter une charge, avoir une responsabilité vis-à-vis des esprits. C'est pour la plupart des chamanes une contrainte et non véritablement une fierté, car ils deviennent des émissaires de l'invisible peu importe leur volonté.

Refuser la charge a des conséquences sur la vie du chamane pouvant aller jusqu'à des maladies graves, voire la mort. Ce n'est donc pas quelque chose d'enviable.

Un praticien chamanique n'a pas la charge. Il n'est pas choisi par les esprits, mais il se lie volontairement à eux, et entretient une relation de respect, d'humilité et de foi avec eux. Il peut, à tout moment, décider d'arrêter et les conséquences seront moindres pour lui.

Les deux, chamane comme praticien chamanique, ont le devoir d'être formé par des chamanes, de lignées authentiques ou qui se sont formés auprès de ces détenteurs des traditions.

Les deux peuvent mener des rituels, effectuer des soins etc. Mais un chamane a une relation privilégiée avec les entités. Il est à leur service et leur laisse son corps comme véhicule du pouvoir des esprits.

La différence est là, essentiellement. Le chamane travaille non seulement avec les esprits, mais il les incorpore pour les laisser agir dans le monde matériel à travers lui.

S'il n'y a pas d'incorporation, il n'y a pas de chamanisme. Même si les chamanes et les praticiens chamaniques, tous deux, peuvent travailler en état modifié de conscience et avec les esprits, il en va de même pour nombre de cultures non chamaniques mais animistes, ce qui ne diminue le pouvoir de ces guérisseurs.

Il faut être juste dans les termes que l'on emploie. Un homme médecine n'est pas forcément chamane et c'est parfaitement ok.

Il faut pouvoir rester à sa place et ne pas être présomptueux.

C'est pourquoi, lorsqu'on me demande si je suis chamane, je réponds "non". Je suis praticien chamanique, et c'est déjà bien. L'important est d'être sincère, juste quant aux traditions et humble envers les esprits qui acceptent de nous aider, au prix de longues pratiques pour tisser des liens. Cela n'est jamais définitif d'ailleurs, ni acquis.

Si vous avez un doute, demandez à la personne de vous citer ses enseignants, ses lignées, afin de pouvoir retracer les sources de sa pratique. Si ça ne remonte pas à des traditions établies, et que ça sent le new age, les anges, les "passeurs d'âme", ou si il ou elle dit travailler avec l'énergie cosmique et autres choses vagues etc. vous saurez que ce n'est, au moins, pas un chamane que vous consulterez, ni un praticien chamanique.

Une réflexion sur le tambour en Chamanisme (23/12/24)

Un mot sur le tambour et son utilisation en Chamanisme traditionnel.

Mon maître Wu Shi ne transmet ce qu'il appelle les pratiques chamaniques qu'après plusieurs années de travail, de stages, de formation auprès de lui et des enseignants de ce qui était la Collégiale.

Plusieurs fois l'ai-je entendu dire que le tambour n'est pas quelque chose que l'on met dans toutes les mains, surtout pas à des débutants.

Celà peut venir de l'enseignement que lui a reçu dans les traditions, et donc il est toujours bon de prendre du recul sur une telle affirmation.

Cependant aujourd'hui je rejoins son avis sur le sujet.

Un tambour, est un objet rituel que l'on retrouve dans nombre de traditions animistes, et chamaniques. Et en presque 10 000 ans de pratique du chamanisme (certaines sources disent 30 000 ans même), il est reconnu par les esprits comme un moyen de les appeler.

Or si le chamane appelle les esprits, il sait qui il appelle, et à qui il permet d'emprunter son corps. Celà vient d'une longue initiation et des liens tissés avec des esprits spécifiques.

En Mongolie un apprenti chamane passe un certain temps à apprendre à voyager à la guimbarde avant qu'on lui mette un tambour dans les mains. Et même ainsi, lorsqu'il effectue ses premiers rituels, soins etc. il n'est pas lâché dans la nature, son enseignant étant à proximité pour garantir qu'il n'y a rien d'irrégulier. Ça, c'est dans l'idéal.

Un individu qui débute ne sait pas qui il appelle, aussi il appelle donc tout. Autant le bon qui lui veut du "bien", que le bon qui ne lui veut pas du "bien" (entendre enseigner sa médecine de la manière dure ou autres) que le mauvais qui lui veut du "bien" (entendre l'amplification des addictions, des compulsions etc. qui sont bel et bien des entités spirituelles et donc de l'énergie consciente, qui le nourrit pour s'en nourrir etc.) que le mauvais qui lui veut du mal (comprendre éventuellement des esprits vagabonds, des défunts pas forcément cools, des esprits Nagas courroucés, des démons etc. etc.) et également une vaste catégorie d'entités parfaitement neutres simplement attirées par cette convention qu'est l'utilisation "chamanique" du tambour qui agit comme un phare dans la nuit.

Ainsi, pour éviter les dérives, les contaminations, les parasitages, l'exacerbation des comportements délétères, on évitera de laisser les gens battre du tambour lorsqu'ils débutent. Pour leur propre bien.

L'on me répondra peut-être qu'un bon praticien établira en amont des barrières de protection, purifiera l'espace avant pour le rendre sécuritaire. Oui. Mais quid de se qui se loge chez chacun ? De nos démons intérieurs que l'on nourrit inconsciemment depuis des années ? Le chamanisme étant pragmatique, l'on ne va pas chercher, en premier lieu, les causes les moins plausibles.

Toujours est-il qu'il faut des mois, voire des années, lorsqu'on évolue dans une tradition avant d'être certain des esprits avec lesquels on travaille, ou ceux qui se présentent à nous et déterminer s'ils sont bien ce qu'ils prétendent être. Le tambour est donc non seulement une monture, comme on l'entend souvent, mais un amplificateur également, parmi bien d'autres utilisations spécifiques aux traditions.

A titre personnel, il me semble étonnant, voire parfois inconscient de faire faire des roues de tambour à des gens qui n'ont aucune expérience du chamanisme, ou seulement des bases issues du chamanisme fondamental.

Nous ne sommes pas tous d'accord sur le sujet, et je sais que certains seront même hostiles à cette vision de la chose. Cependant, lors des rituels et cérémonies au sein des traditions, ce sont les officiants, les chamanes et autres assistants qui utilisent les tambours, pas ceux qui viennent chercher la guérison. L'effort collectif étant de soutenir les processus pour tout le monde, que l'on emploie ou non le tambour.

Dans certaines traditions, comme celles qu'on trouve en Amérique du Sud et du Nord, le chant lui-même tient lieu de vecteur d'appel des esprits. Les chants seront connectés à certains esprits spécifiques, et certains iront même faire contacter certains plans de la réalité qui leur sont propres, sans avoir besoin de passer par le tambour, ou alors, dans ce cas, le tambour tiendra lieu d'instrument musical pour donner le rythme, et non pour inviter les esprits.

Dans la tradition Népalaise, nous employons les chants avec des rythmes spécifiques pour contacter certaines qualités, certains esprits, et royaumes, nous les invitons à prendre place. Et certains lieux, comme la direction de l'Est et du Centre, l'éther, perdront un rythme défini car ce sont là les lieux où les esprits se manifestent et nous visitent, prennent la place. C'est là que la transe commence.

Il est à noter que les mantras, autant dans les traditions Tibétaines et Népalaises amènent à incorporer la divinité qui y est liée, sans que le tambour ne soit nécessaire. La transe peut être induite seulement avec la répétition du mantra pendant des heures.

Le tambour est donc un outil multifonction qui demande de savoir en amont avec qui et quoi on travaille, et qui n'est pas anodin.

On peut se demander alors, ce qu'il en est de toutes ces personnes qui fabriquent leurs tambours chamaniques, et ce que ça sert en eux. On peut se demander ce que ça engendre comme illusions, comme pollutions, prises de pouvoir par les esprits sur ces personnes là et celles qui viennent les voir en cercles, en soins, en huttes etc.

Le chamane ou le praticien chamanique ne se limite pas à l'utilisation du tambour, ni pour soigner, ni pour voyager, ni pour accomplir des rituels. Il peut les accomplir sans son utilisation (le doit-il ? C'est une autre question et c'est contextuel.)

Tout cela est évidemment contextuel mais il est intéressant de dézoomer, et de prendre du recul sur l'idée que l'on se fait du tambour et de son utilisation. C'est souvent une question qui fait écho au Pouvoir et à toutes les illusions et dérives qui existent autour de son utilisation.

C'est pour cela que les enseignants humains compétents et chamanes des traditions ont une utilisation et enseignements parcimonieux des objets de pouvoir dont le tambour en est l'exemple le plus frappant.

Ce sujet est vaste, et je me veux généraliste ici. Il y aurait matière à approfondir, et je le ferai certainement. Si certains parmi vous, lecteurs, n'appréciez pas mes propos, je vous invite à questionner votre rapport au tambour (et au pouvoir et vos objets de pouvoir), ou ce qu'en dit votre tradition ou demandez à votre enseignant.

Si vous avez une approche New Age, j'en suis désolé, mes propos risquent de ne pas vous plaire, et c'est ok aussi.

Je fonde mes propos sur ce qu'en disent mes enseignants, et sur mon propre questionnement sur le sujet, mon propre rapport au tambour.

Se mettre au service. (09/12/24)

Fabrice Jordan disait hier soir qu'être un maître n'est pas vraiment un rôle enviable.

Car un maître est toujours au service des autres, H/24 7/7.

Il me semble que c'est une posture d'abnégation qui ne sert pas son propre ego, mais la lignée qu'il représente.

Il en va de même pour d'autres "titres", comme celui de chamane, et même de praticien chamanique (en sachant bien que le terme de maître est différent car, par exemple, on peut être chamane sans être maître et inversement, le propos n'est pas là). Celà demande d'être au service des autres, humains, et non-humains. Il y a là une responsabilité choisie ou non, mais elle est là, celle de se mettre au service.

David Sunka Witko parle d'être un éboueur spirituel, et ce terme est également employé par Wu Shi Hebeidao.

Ce n'est pas un rôle enviable que d'être au service. Certains y trouvent à tort une manière d'exercer du pouvoir.

Lorsqu'on endosse la fonction, que l'on ouvre son cabinet le matin pour traiter des gens, ou que l'on porte sa tenue cérémonielle, sa coiffe, ses objets sacrés, pour animer un rituel, on se met au service.

Il n'y a pas de gloire à celà. C'est un travail comme un autre, et certains l'arpentent comme une Voie.

L'on se doit d'être humble face à ce qui doit être fait, à savoir, aider, soutenir, à la guérison, orienter, guider. Nous nous mettons au service des humains et de plus grand que nous sans distinction.

Être thérapeute c'est ce que ça veut dire, dans son étymologie même. Les titres que l'on se donne pour se grandir dans cette fonction n'ont aucune importance. Le terme "éboueur spirituel" remet bien à sa place ce que l'on fait. Mais il faut bien mettre les mains dans la merde et amener l'autre à le faire pour qu'il y ait une prise de conscience et guérison.

Certains le font de manière brute, d'autres avec subtilité, d'autres avec joie, certains par de grands rituels, d'autres sans un mot. La diversité d'approches est multiple car nous sommes tous différents et on choisit qui l'on souhaite avoir pour se mettre à notre service et nous aider à cheminer. Et ils peuvent être plusieurs et très différents selon ce que l'on souhaite travailler. Ils ont tous de la valeur.

Et tous, s'ils sont justes dans leur fonction, ne s'attachent pas aux titres qu'on leur donne, ni ne le font eux-mêmes.

Quelle posture souhaitez-vous prendre vis-à-vis du service ? Que mettez-vous dedans ? Pourquoi ou pour quoi vous mettez-vous au service ? Il est bon de se le demander. Moi je le fais tous les matins quand j'ouvre le cabinet.

Vulgarisons un peu : Chamanisme - Animisme (07/05/24)

Mon propos ici est de vulgariser, et l'on trouvera toujours à redire ou nuancer, mais n'oublions pas que je vais essayer de rester "généraliste".

La définition de ce qu’est un chamane n’est pas si complexe qu’on peut imaginer. Les traditions sont complexes, mais bornée à sa définition la plus simple, un chamane est une femme ou un homme qui non seulement communique avec les entités de toute nature, mais les invite en elle/lui pour agir, en état de transe plus ou moins profond. Cela se borne à ça. Un chamane invoque les ancêtres, les esprits des divinités, des planètes, d’élémentaux, de forces de vie diverses, et ces entités agissent à travers lui pour soigner, pour tirer les oracles, pour retrouver une personne perdue, pour pacifier les relations entre les humains et leur environnement, etc. etc.

Le chamanisme est une spécificité au sein des traditions animistes. Toutes les traditions animistes ne sont pas chamaniques, et toutes les femmes et hommes médecines ne sont pas chamanes. Que cela soit clair. Il n’est pas question ici d’un coup de gueule personnel moralisateur sur qui est quoi et qui fait quoi. Il s’agit d’être juste dans les propos qu’on tient et de savoir à qui on a affaire lorsqu’untel se présente sous la dénomination de « chamane », qui est déjà originaire d’une tradition établie qu’on retrouve communément en Sibérie et en Mongolie. Le terme venant du toungouse, « samàn » qui veut dire « celui qui s’agite », de par les mouvements corporels générés par la transe.

On peut dire qu’il n’y a aucune raison de croire qu’un chamane est « supérieur » à un homme-médecine parce qu’il incorpore les esprits en lui alors que l’autre non. Il n’y a pas de jugement de valeur d’une pratique à une autre, les deux « systèmes » communiquent avec les entités, et font appel à elles pour les aider dans leur travail.

On n’est donc pas chamane lakota (à moins d’être Yuwipi qui s’approche fortement du chamane), ni chamane d’Amazonie (on est curandero et l’ingestion des plantes maîtresses est une forme de chamanisme, mais la distinction se fait au sein même des traditions).

Mon propos est d’être clair dans nos définitions. Les traditions chamaniques se retrouvent essentiellement en Mongolie, Sibérie, en Asie Centrale (Népal, Tibet, un peu en Chine).

C’est parfaitement OK d’être autre chose que chamane, si tant est qu’on ait envie de le devenir. C’est OK d’être praticien chamanique, d’être homme ou femme médecine de telle ou telle tradition.

Il existe un nombre important de techniques communes aux traditions animistes, dont fait partie le chamanisme, et qu’on pourrait qualifier de chamanistes. Ces techniques ne se pratiquent pas sans l’appui des entités, ni du lien avec le Senti pour peu qu’on y ait été initié, mais elles ne font pas de nous ni des chamanes, ni des praticiens chamaniques si on n’incorpore pas en soi les entités. Et pour cela, il n’y a pas cinquante possibilités, c’est par le tambour, la guimbarde, (potentiellement les plantes, bien que ce ne soit pas une norme, ni recommandé d’ailleurs sans encadrement strict par les anciens des traditions). Et bien souvent, avant de prendre un tambour, il aura fallu un certain temps de pratique sans, pour se calibrer, savoir qui on invite en soi, savoir avec qui l’on tisse des liens, pour limiter les risques.

Le chamanisme est dangereux. Il me semble important de le mentionner. C’est pour cela qu’il ne devrait pas être une mode, et que non, tout le monde n’est pas chamane, car ce n’est pas une recherche de pouvoir, c’est une recherche d’effacement de notre importance personnelle, de notre volonté, de notre histoire personnelle pour devenir l’os creux qui invite le mystère en soi. C’est une pratique risquée, et tout manque de justesse, toute prise de pouvoir se paie lourdement.

Un de mes maîtres, Wu Shi a payé lourdement le prix de vouloir abandonner sa fonction. Le père de Bhola s’est fait retirer tous ses souvenirs de sa charge lorsque les esprits lui ont permis d’abandonner ses fonctions à plus de cent ans. Ces évènements sont des signes que l’on ne fait pas n’importe quoi lorsqu’on « chamanise », et qu’un chamane ne choisit pas de l’être, ni quand arrêter de l’être.

Si vous avez un doute, demandez à la personne qui se dit chamane, quelles sont ses sources, ses traditions, ses enseignants. Le New Age mélange tout en prétendant que tout se vaut, que tout est positif etc. Malheureusement, c’est manquer de respect à ces traditions authentiques, riches, profondes, nourrissantes. Le New Age est sans saveur, il utilise tous les outils possibles sans distinction, sans transmission, ni connaissance réelle selon les traditions, de leur utilisation. Il cherche des entités avec des baguettes de sourcier et leur fait quitter une pièce en les poussant gentiment par la fenêtre sans chercher à entrer en communication avec, les honorer, leur demander pardon, sans chercher à déterminer qui est quoi, et les besoins, voire souffrances de ces esprits.

Un chamane ou praticien chamanique entrera toujours en état modifié de conscience pour voyager vers l’esprit, et avec ces esprits alliés fera le travail nécessaire.

Ces propos ne visent pas à dénigrer qui que ce soit, mais à clarifier les choses, car elles ne semblent pas simples déjà pour les néophytes, mais également pour certaines personnes évoluant dans les milieux énergétiques et les pratiques spirituelles.

De la crédibilité des pratiques énergétiques - spirituelles (22/03/25)

Un petit parallèle avec les arts martiaux traditionnels pour illustrer la crédibilité qu'on peut accorder à un praticien en chamanisme, énergétique etc.

Je pose ici un disclaimer. Je suis obligé de parler un peu de moi pour illustrer mes propos. Ce n'est pas pour faire ma promotion ou flatter mon ego ou obtenir votre sympathie. Soyons clairs sur ce point. 

Un de mes enseignants dans les Budo (arts martiaux traditionnels japonais) a coutume de dire qu'il est un peu idiot de parler en années de pratique dans le milieu martial.

Il a raison . Entre un pratiquant qui a passé dix ans à pratiquer à raison de 3 séances d'aïkido d'une heure trente par semaine, et deux séances de sabre d'une heure trente chacune et avoir passé presque tous ses weekends en stage, et un pratiquant qui a fait une séance par semaine et un stage de temps en temps, le delta d'expérience n'est pas le même.

Deux 3ème Dans ne se valent pas. Il en va de même dans toutes les pratiques traditionnelles, à mon sens.

Dans mon école de Qi Gong médical, le Kong Jin Qi Gong, la posture de base Mabu, se pratique deux fois 45 minutes par jour, soit une heure trente minimum. Les autres postures se tiennent à des degrés variables mais toutes sont douloureuses et poussent à la résilience et au dépassement. En premier lieu pour cultiver sa santé, et ensuite pour pouvoir traiter autrui.

Je parle un peu de moi ici avec des exemples personnels pour illustrer mon propos, et je n'attends pas des gens qu'ils fassent ce que je fais, soyons clairs. Il n'y a aucun jugement de ma part ici.

En Chamanisme c'est la même chose. Bien sûr, à chaque transmission, empuissancement, il y a une pratique personnelle à développer pour tisser le lien, et une pratique pour l'entretenir.

Une fois ces pratiques faites, elles doivent devenir une routine.

Pour autant, est-ce que celà nous rendra pleinement compétent en tant que praticien ? Pas forcément. Un bon pratiquant restera un mauvais praticien s'il n'a pas d'expérience à accumuler.

Ainsi, quelqu'un qui clame qu'il fait du chamanisme depuis 20 ans mais n'a en consultation que deux ou trois personnes par semaine, aura probablement moins d'expérience que quelqu'un qui n'en fait que depuis 10 ans en ayant dix fois plus de personnes en consultation par semaine.

L'argument de l'ancienneté est touchy, car il s'agit de savoir ce qu'on met dans ces années de pratique. Suivre un ou des maîtres pendant des années est bien. Faire les pratiques aussi. Mais pour autant, transmettre sans avoir une expérience pleine et étendue, fait toute la différence entre deux experts.

Celà fait aussi partie des écueils du New Age et des formations de type pyramidal. Un peu comme chez beaucoup de gens du Reiki (pas tous, et j'en connais qui sont un parfait contre exemple, dont mon amie Karine, chamane traditionnelle de lignée Sibérienne, et mon ami Christian), qui se forment jusqu'à devenir maître pour former d'autres personnes pour qu'elles deviennent maîtres et ainsi de suite. Chez ces gens, il importe peu d'avoir de l'expérience en tant que praticien (surtout que beaucoup s'installent professionnellement après deux weekends de formation), tant qu'on initie des gens et qu'on est payé pour initier à pratiquer sans pour autant devoir prouver sa compétence réelle par l'expérience. C'est une dérive flagrante dans le Reiki. Et je ne dis pas que tous les praticiens Reiki sont ainsi, mais c'est une observation récurrente. Vous pouvez remplacer Reiki par Lao Chi ou ce que vous voulez de ce type de discipline.

Combien de personnes, après un stage d'initiation au tambour veulent en proposer également tout de suite après ? C'est un constat que je vois dans ma région.

J'ai également été de ces personnes là, au début, porté par l'exaltation d'une discipline transformatrice comme le chamanisme. J'ai vite arrêté cependant. J'ai reçu des messages des esprits me disant que c'était trop tôt à l'époque. Et le baromètre varie. Si aujourd'hui j'ai une expérience solide auprès de mes enseignants et en tant que pratiquant ET praticien (des dizaines de patients par mois depuis ces quatre dernières années au cabinet en MTC et chamanisme et 10 ans de pratique du chamanisme), je n'ai dans certaines traditions et lignées, aucune autorisation à transmettre certaines choses.

Il est donc bon de faire preuve d'esprit critique quand certains se parent de leur expérience en décennies, mais ressassent les trois mêmes anecdotes de patients à chaque stage, chaque année depuis des années.

Il en va de même pour les huttes à sudation. J'en parle souvent, mais avoir participé à plusieurs huttes ne veut pas dire qu'on peut en mener. Un verseur d'eau doit avoir fait 4 danses du Soleil et quatre quêtes de vision dans la tradition Lakota. Pour plus d'informations veuillez consulter David Sunka Witko, par exemple.

L'expérience peut se forger en participant et en faisant lorsqu'on est légitime à le faire. Et l'on sera reconnu lorsque en plus on parlera en citant ses lignées.

Celà revient à, in fine, être capable de discerner à curriculum similaire celui qui vit en permanence sa pratique et de celle-ci, et dont la réputation se construit par l'efficacité de son service à la communauté de celui qui affirme doctement qu'il est quelque chose et qui s'assoit sur l'idée que cela suffit et que tout se justifie par sa prétention.

Mes propos ont peut-être l'air moralisateurs, et j'en suis désolé s'ils sont pris ainsi. Certaines "références" sont malheureusement celles qu'on entend le plus et qui sont le plus véhémentes dans les milieux de la spiritualité, des arts martiaux traditionnels, du développement personnel...

Et il y a ceux qui travaillent, qui sont constants, patients, efficaces, n'ont pas besoin de faire une communication marketing sur tous les groupes et réseaux, ou en rabaissant autrui pour être reconnus et consultés.

Soyons efficaces et travaillons avec humilité et diligence. C'est ce que j'ai fait dans les Budo, et c'est ce que je fais également dans le Chamanisme, et la Médecine Chinoise et le Qi Gong médical.

N'hésitons pas à prendre du recul et/ou questionner quelqu'un qui assume ouvertement une posture d'autorité. J'en ai, comme vous tous, vu beaucoup, et comme beaucoup, j'ai déjà été berné par des gens mal intentionnés, compétents et incompétents, bien intentionnés et incompétents etc. C'est humain et normal. Conservons autant que possible également notre ouverture sans pour autant tout gober.

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